Faut-il une politique culturelle ? Le Front Populaire puis André Malraux avaient nettement répondu "oui !" à cette question. Leur engagement fondateur s'appuyait sur deux évidences.
D'une part, la culture, sous la forme de la création artistique, n'était pas prise en compte en France, en particulier dans l'enseignement. L'école connaissait et commentait les oeuvres d'art du passé. Elle ignorait la création de son temps. Ce divorce entre l'enseignement et la culture a ouvert la voie aux politiques culturelles publiques : comme un service public, la culture devait être accessible aux publics, tout particulièrement la création contemporaine. Le lien entre l'artiste et le public devenait essentiel.
D'autre part, la tradition jacobine et parisienne éloignait de la création artistique l'immense majorité de la population française. L'absolue nécessité démocratique de porter la culture au devant des citoyens a fondé en grande partie l'action décentralisatrice de Malraux. L'aménagement culturel du territoire a eu ainsi une double vocation pédagogique et démocratique. L'Etat a su convaincre ses compagnons naturels dans cette action, les collectivités territoriales, dont les lois de décentralisation des années 80 renforcèrent les compétences et qui se sont emparées de la culture comme d'un moteur du développement.
Dès 1974, alors que rien ne l'y contraignait, la Région Nord-Pas de Calais s'est engagée fermement dans le développement des politiques culturelles. Pierre Mauroy et Michel Delebarre en font un choix prioritaire. Noël Josèphe puis Marie-Christine Blandin poursuivent cette mission historique. Il fallait agir sur tous les fronts, construire, aménager, créer les infrastructures, accueillir les artistes, convaincre les publics, accompagner les amateurs, former les professionnels. La politique culturelle se place au rang de nos priorités régionales, avec l'éducation, la recherche, ou les transports. L'Homme est au centre des préoccupations régionales. Près de vingt cinq plus tard, le résultat est patent : le Nord-Pas de Calais est la première région française pour l'investissement culturel public, tant les Communes et les Départements se sont engagés dans cette action, aux côtés du Conseil régional et de l'Etat. Un orchestre national de renom, sept scènes nationales, trois centres dramatiques nationaux, des conservatoires, des écoles d'art dont l'une, le Fresnoy, de niveau international, un réseau muséal de grande qualité, un grand centre de culture scientifique et technique, une grande scène de musiques actuelles ; l'aménagement culturel du territoire est très avancé. Il faudra l'achever.
Ainsi, tant au plan national que régional, une page de l'histoire des politiques culturelles est en train de se tourner : celle de l'équipement. Un nouveau regard peut être porté sur les politiques culturelles régionales, face à un paysage recomposé, structuré et solide. La priorité aujourd'hui et pour la décennie à venir, sera de :
Pour cela, la Région Nord-Pas de Calais propose d'engager sa politique culturelle autour de deux axes majeurs.
Il n'y a pas de politique culturelle digne de ce nom qui ne s'appuie sur les formes émergentes, les nouveaux talents, l'innovation : cette année, une vingtaine de compagnies ont bénéficié pour la première fois de l'aide à la création. Les objectifs sont :
L'oeuvre ne rencontre pas mécaniquement son public ; il faut donc élargir "le cercle des connaisseurs", "passer du petit cercle au grand cercle" mais aussi veiller au développement et à la qualification des pratiques amateurs et professionnelles. Les objectifs sont :
La mise en oeuvre de ces orientations implique une politique audacieuse de diffusion, de communication, d'appui à l'action culturelle et de réel partenariat avec les acteurs culturels et le développement des activités d'observation et d'évaluation des politiques publiques.