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Intervention de Michel Delebarre

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Congrès de la Fédération mondiale des cités unies

4 juin 1998

"Je suis particulièrement heureux, après Pierre Mauroy, de vous accueillir dans notre région du Nord-Pas de Calais pour cette assemblée générale de la Fédération mondiale des cités unies. J'espère que vous aurez l'opportunité de visiter, durant votre séjour, une région accueillante, plus marquée par l'homme que par la nature. Région dans laquelle la ville occupe une place privilégiée depuis fort longtemps et que symbolisent notamment nos beffrois, expression de la souveraineté de ses habitants. Le thème choisi cette année me semble fondamental.

La mondialisation est à mes yeux, le plus important processus historique qu'il nous appartient de tenter d'orienter en faveur d'un développement équilibré et durable, pour que cette mondialisation soit porteuse d'espoir et d'avenir et non de contraintes ou de perte d'identité. Dès lors, il est essentiel que les acteurs politiques agissent non plus sous le poids de la nécessité, mais autour de projets de société partagés par tous. Il nous appartient donc de conforter les options nouvelles, qu'elles soient alternatives ou complémentaires à celles que suscite l'économie de marché. L'urgence des problèmes à régler ne nous interdit pas de réfléchir à un projet global de société. Je souhaite donc que cette rencontre soit l'occasion pour tous les participants de reprendre l'initiative sur un terrain trop souvent laissé à la sphère essentiellement privée. Il nous faut réduire les incertitudes, arrêter d'agir dans l'urgence et donner un autre sens à la mondialisation.

En sommes-nous capables ? Et sommes-nous légitimes en tant que représentants des collectivités locales et régionales ? Ma réponse est oui, bien sûr ! Nous sommes fondés à agir car le marché seul n'est pas en mesure de réduire les disparités croissantes et inacceptables qu'il engendre. La réalité des souffrances humaines et les atteintes à l'environnement sont là pour démontrer la faiblesse d'une théorie ultralibérale qui ne peut prétendre servir à elle seule, de référence à la mondialisation. L'intervention publique reste, à mon sens, un impératif incontournable pour la définition de stratégies de développement et garantir une redistribution équitable des richesses produites. Dans cette approche publique, si les Etats restent les acteurs légitimes des relations internationales, les collectivités territoriales prennent de plus en plus de place dans le respect du droit international et du principe de subsidiarité.

Cela concerne d'abord les villes parce qu'elles concentrent les populations, le développement économique et souvent les capacités culturelles. Mais cela touche de plus en plus les régions, parce qu'elles témoignent des aspirations identitaires légitimes de leurs habitants, et parce qu'elles ont souvent une masse critique suffisante pour pouvoir intervenir plus efficacement en faveur d'un développement équilibré. Par son soutien à l'organisation de ce congrès, le Conseil régional Nord-Pas de Calais, membre de la fédération depuis 1986, se propose de contribuer à développer le dialogue entre ces différents niveaux, et à engager une réflexion fondée sur sa propre expérience, autour de la question de l'engagement possible des régions : "comment les Régions du monde peuvent, aux côtés des Etats bien sûr, et des Cités, apporter leur contribution aux thèmes centraux de votre congrès dans le respect du principe de subsidiarité ?"

Dans ce débat nous proposons d'insister sur les éléments concernant la solidarité et ceux touchant au développement durable, thèmes pour lesquels nous avons une expérience déjà importante à la suite, en particulier, des initiatives dues à Marie-Christine Blandin, qui me précéda dans les fonctions de président du Conseil régional, action que poursuit à mes côtés Ginette Verbrugghe, vice-présidente du Conseil régional. En ce qui concerne la solidarité, le Conseil régional a développé une politique qui s'articule autour de trois lignes de force :

  • engager dans des partenariats ciblés et évaluables des moyens financiers substantiels de l'ordre de 40 MF, et dont 80% des fonds sont destinés à des actions concrètes,
  • appuyer cette coopération sur des critères d'intervention, parmi lesquels je citerai le respect des droits de l'homme, les pratiques démocratiques, le développement durable, la francophonie, …
  • intervenir à partir de thèmes privilégiés : la citoyenneté, la décentralisation, le droit des femmes, la protection de l'environnement, l'eau, la nutrition, la santé, la formation, …

L'engagement du Conseil régional dans la mise en oeuvre d'une politique de solidarité n'a fait qu'augmenter en faveur de nos cinq régions partenaires : la Région de Kayes au Mali, la Région de St-Louis au Sénégal, les Provinces de Hué, de Da-Nang et Quanam au Vietnam, les Voïvodies de Datowice, Cracovie, et Bielsko-Biala en Pologne, et enfin la Région de Moghilev en Biélorussie. Me permettez-vous d'évoquer d'un mot le service que la Région peut apporter au travail de coopérations des agglomérations et villes de notre région ? Cela me donne la possibilité de saluer, comme élu de Dunkerque, le maire de Gaza et nos amis palestiniens, Leila Shahid et, à travers eux, le maire Efraim Chairam de Ramat Hasharon, ville israélienne.

En ce qui concerne le registre du développement équilibré et durable, si les habitants du Nord-Pas-de-Calais tirent une certaine fierté du fait que notre région a contribué et contribue encore fortement au développement économique de la France, force est de constater que cet engagement, nous l'avons payé au prix fort sur le plan social et environnemental. Nous étions involontairement les champions des nuisances en tout genre, nous voulons être demain parmi les meilleurs en matière de développement durable. C'est pourquoi le Conseil régional soutient les projets qui se situent à l'interface entre l'économique, le social et l'environnemental. C'est aussi dans le cadre du développement durable que nous proposons nos accords de partenariat.

Il nous faut également réhabiliter le volontarisme de l'action, autour des valeurs universelles de l'homme qui sont à mon sens, celles de la liberté, de la démocratie, de la solidarité, du respect des cultures et de la nature. C'est dans ces conditions que l'on pourra alors parler d'une "mondialisation heureuse". Sur la base de ce véritable co-développement, je souhaiterais pour ma part qu'avec les 40 représentants des Régions présents parmi les 750 participants à cette assemblée, nous puissions faire un échange d'expériences, en vue de mettre en place au sein de la FMCU des démarches de coopération interrégionales au plan mondial axés sur le développement équilibré. J'espère que j'aurai l'occasion d'y travailler avec le Président Diagne qui, en plus de sa charge de président de la Fédération mondiale des cités unies, est également président d'une toute jeune Région, collectivité locale de plein exercice au Sénégal.

De cette terre du Nord-Pas de Calais qui nous accueille, de cette terre qui eût à connaître tous les combats des deux dernières guerres mondiales, après des siècles de conflits incessants, de cette terre du Nord-Pas de Calais, aujourd'hui engagée dans la constitution européenne, retenons qu'il n'y a pas de plus beau combat que celui pour la paix, pour la coopération dans le respect de l'autre ; et c'est en cela que notre combat commun est un combat pour l'humanité."

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