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Bonjour à toutes et tous, nous avons le grand plaisir d'accueillir
Bronislaw Geremek. N'ayant pu se déplacer en région
Nord-Pas de Calais comme il l'avait prévu, il a tout de même
tenu à répondre à vos questions, en direct de
Varsovie.
- Bonjour à tous ! Je regrette
beaucoup de ne pas avoir pu me déplacer à Lille. J'attends
vos questions.
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Herbie : Bonjour ! Une question plutôt personnelle : Avez
vous vu "Le Pianiste" ? Connaissiez-vous Roman Polanski,
pendant la guerre ? Etes vous amis ? Merci !
théo : Pensez-vous que le succès du film "Le Pianiste"
puisse contribuer à promouvoir la culture polonaise dans le
monde ?
- J'ai vu le film dès sa parution
sur les écrans de Varsovie. Je l'ai beaucoup aimé. Il
a fait une grande œuvre où l'on sent une contribution
personnelle très forte. J'ai eu le privilège de connaître
le héros du film, M. Spilman. Je suis persuadé que Roman
Polanski a fait un film de message universel et très polonais
en même temps. J'espère que le succès du film
pourra contribuer à une meilleure connaissance de la culture
polonaise dans le monde.
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3
Clarisse : Monsieur Geremek, quelles sont vos fonctions officielles
aujourd'hui ?
- Je n'ai pas de fonction officielle.
Je préside le conseil politique de mon parti, "Union de
la liberté". Et je participe dans plusieurs groupes de
réflexions européens et internationaux.
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4
Lille : Que pensez vous du travail de VGE à propos de sa présidence
de la Convention de l'avenir de l'Europe ?
- J'attends que la Convention, j'espère
qu'elle pourra définir l'avenir de l'Europe et proposer une
constitution européenne. Si cela peut se faire, c'est grâce
au travail du président Giscard, son imagination et sa capacité
de créer des compromis nécessaires.
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wanf : On vous sait très francophile, pouvez-vous nous dire
en quoi la France vous séduit-elle ?
- Dans les années difficiles de
ma vie, la littérature française était mon refuge.
Dans ma formation d'historien, l'école historique des Annales
a eu une importance cruciale, toute ma vie. J'aime la France, et en
cela, je ne suis pas un cas isolé dans mon pays.
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kick : Quels sont vos rapports avec le ministre des Affaires étrangères
actuel ?
- Mes rapports avec M. Cimolzewicz sont
parfaits. j'ai le sentiment que la politique étrangère
polonaise française a l'immense avantage d'être poursuivie
sans que les changements de gouvernement rompent la continuité.
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7
Djim : Quelle relation entretenez-vous avec la région Nord-Pas
de Calais ?
- Cette région
était présente dans mes recherches d'histoire. J'ai
eu beaucoup d'amis à Lille parmi les historiens et les hommes
politiques. J'ai eu aussi beaucoup de contact avec les familles de
la région, quand j'avais l'occasion de passer par là.
Je me rappelle aussi mes rapports avec les habitants d'origine polonaise,
en particulier mon premier séjour, et puis dans toute la région,
avec Lech Walesa en 1981.
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Ania : Que pensez-vous de l'attitude de Chirac qui demande obéissance
aux pays candidats à l'UE ? Est-ce que la position du gouvernement
polonais pour la guerre en Irak pourrait avoir des conséquences
sur l'intérêt des Polonais à rentrer dans un grand
club où il est bon de se taire ?
- Je garde une amertume profonde à
l'égard du ton que le président Chirac a cru bon d'utiliser
à l'égard des pays candidats. Je crois que c'est un
accident de parcours. Je voudrais qu'il soit clos le plus tôt
possible. Dans l'UE, il y a et il y avait des différences,
cela concerne aussi la guerre d'Irak, mais il ne faut surtout pas
que les différences deviennent des divisions, des ruptures.
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Herbie : Concernant les relations au sein de l'Europe entre la
Pologne et la France, pouvez-vous nous donner votre point de vue sur
l'achat des F16 US ? Merci !
Solidaire : Bonjour Bronislaw.. Que pensez-vous de la fameuse affaire
des F16 que la Pologne a achetés aux USA ?
- L'achat
des F16 par la Pologne était une décision pragmatique,
basée sur des raisons économiques et technologiques.
La Pologne a accepté la meilleure proposition. Dans le cas
des F16, nous avons obtenu de la part des Etats-Unis les conditions
financières les plus avantageuses possibles, y compris la possibilité
de commencer à payer le montant de l'opération après
plusieurs années. Je voudrais aussi rappeler que le montant
de cet achat est de 3,8 milliards de dollars. La Pologne a un déficit
dans ses échanges avec l'UE de 10 milliards par an. Il suffit
de comparer ces deux chiffres pour voir que c'est avec l'UE que les
échanges de la Pologne sont les plus dynamiques. C'est l'UE
qui en profite, et non l'Amérique.
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pj. lorens : La désunion des pays européens concernant
une guerre en Irak n'est-elle pas le fruit du décalage entre
le mouvement lent de l'histoire et la construction rapide et ambitieuse
de nos institutions européennes ? Ce décalage ne constitue
t-il pas un vrai danger pour l'identification et l'unité de
l'Europe face à la puissance des USA qui nous entraîne
dans un guerre de civilisations ? Dans la perspective de dessiner
une Union européenne de stature mondiale, comment interpréter
la position actuelle de la Pologne : atlantisme de raison ou adhésion
à une forme d'impérialisme par la contrainte économique
et militaire ? Ne pensez-vous pas qu'il y a une place pour une forme
de puissance multilatérale utilisant le droit et la coopération
et que la future Europe à 25 peut en être le creuset
?
- Je crois que l'UE se trouve devant
le défi de devenir une entité politique qu'elle n'est
pas encore. La politique étrangère et de sécurité
commune reste encore un projet. Je crois que dans le cas de la guerre
d'Irak, il ne faut jamais oublier les décisions des Nations
Unies et du Conseil de sécurité condamnant la politique
expansionniste de Saddam Hussein, son recours à des armes de
destruction massive. C'est Saddam Hussein qui doit être couvert
de la condamnation solidaire par la communauté internationale.
La guerre est un malheur, mais il reste que la solidarité internationale
était le seul moyen pour l'éviter. La responsabilité
de la guerre est donc partagée.
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Ania : L'expérience des autres intégrations démontre
que la première période d'intégration ne profite
pas financièrement aux nouveaux pays. Quand pensez-vous que
la Pologne atteindra un bilan financier positif avec l'UE ?
- Je crois que sur le plan financier,
la Pologne, dès le début, pourra profiter des politiques
de solidarité de l'UE. Le bilan sera donc favorable à
la Pologne dès le début. La générosité
de l'UE, cette fois-ci, est bien plus limitée que dans le cas
des élargissements précédents. Par contre, je
suis conscient que sur le plan économique, pendant les deux
à trois premières années, nous aurons des difficultés.
Je considère que ce sont des difficultés de croissance
nécessaires.
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Looney : Pouvez-vous me décrire la situation économique
de la Pologne ? Ses atouts et ses faiblesses ?
- La Pologne a derrière elle la
période de transition vers l'économie de marché.
C'est un succès de la dernière décennie. Nous
espérons que la restructuration de l'économie, en particulier
de l'industrie lourde et de l'agriculture sera poursuivie. Le grand
problème de la Pologne comme membre de l'UE sera de rattraper
le niveau du PNB de l'UE.
Un problème difficile, mais exaltant pour la Pologne, qui devra
participer pleinement au processus de Lisbonne, c'est à dire
l'adaptation de l'économie européenne aux nouvelles
technologies de la société d'information.
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Marie : Pensez-vous que l'entrée de la Pologne dans l'Union
européenne va influer sur le fait de construire ensemble une
politique européenne sociale commune ?
- Je crois que nous avons besoin d'un
débat européen sur le modèle social de l'économie
européenne. Nous ne l'avons jamais eu jusqu'à maintenant.
Avec l'entrée de nouveaux pays dans l'UE, cette question devient
urgente. Je suis persuadé que le modèle social européen
fait partie de notre héritage. Il est lié au fait que
la solidarité est une des valeurs fondamentales de l'identité
européenne.
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Gregory : Monsieur Geremek, pensez-vous que l'opinion publique
polonaise soit préparée à une future citoyenneté
européenne ?
- A franchement parler, je considère
cela comme un grand défi, et pas comme un acquis. Nous devrons
convaincre l'opinion publique que la notion de citoyenneté
européenne n'est pas une vague formule.
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jef : Comment se comportent les agriculteurs polonais vis à
vis de l'élargissement, qu'en attendent-ils ?
- La Pologne a toujours une importante
agriculture. 19% de la population vit des revenus de la terre. Cette
population craint l'entrée dans l'UE de notre pays. Elle considère
la modernisation comme imposée par l'UE et non pas comme une
exigence naturelle du développement économique. C'est
dans le milieu rural qu'il y a le plus de doute concernant l'entrée
de la Pologne dans l'UE.
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wanf : Etes-vous favorable au développement de la PESC
(Politique étrangère et de sécurité commune)
?
- Je crois que du développement
de la PESC dépend la continuation de l'UE mais aussi et surtout,
sa survie.
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Sam : En quoi l'élargissement de l'Europe aux pays de l'Est
est-elle une bonne chose pour l'Europe ?
- Il ne faut pas limiter l'actuelle élargissement
à son côté technique. En fait, cet élargissement
donne la possibilité de l'unification européenne. L'élargissement
rend possible l'apparition de l'UE comme un des plus grands partenaires
dans l'économie globale. Et, chose non négligeable,
cet important marché va s'ouvrir plus encore à leur
production.
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18
Lucie : Quelle est l'opinion de la Pologne, ses dirigeants et
son peuple, vis a vis de la situation en Irak ?
- Comme dans toutes les sociétés
européennes, les opinions sont partagées. la société
polonaise n'aime pas la guerre. Mais elle a aussi le souvenir de l'indifférence
du monde à l'égard des pays de l'Est soumis à
la domination soviétique contre leur gré. On attend
maintenant que la guerre puisse se terminer le plus vite possible.
Qu'il y ait le moins de victimes possible. Et que l'Irak puisse être
considéré comme un membre loyal de la communauté
internationale.
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19
Laziz : Comment pouvez-vous dire que la responsabilité
de la guerre est partagée ? Avec les Irakiens, c'est une évidence.
Mais il est clair que les Américains voulaient en découdre
coûte que coûte sans écouter même le Canada
ou le Chili !!! Comment peut-on justifier que la Pologne s'aligne
sur une position aussi radicale ?
- Le seul moyen d'obliger Saddam Hussein
a remplir les décisions du Conseil de sécurité
et cesser d'être un danger pour ses voisins et pour le monde
était la solidarité internationale. Elle était
présente dans le vote sur la résolution 1441. Mais elle
a disparu ensuite. La pression de la solidarité pouvait rendre
inutile l'opération militaire, c'était mieux.
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20
mina : Deux camps semblent se dessiner depuis le début
du conflit : comment voyez-vous l'évolution des relations entre
les pays ? Merci !
- La division qui s'est introduite me
fait de la peine et ne me semble pas inscrite dans la logique des
choses. Je crois que le problème le plus important va apparaître
après la guerre. L'installation de la paix, la reconstruction
du pays, demandera que les divisions actuelles disparaissent.
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21
Franck : Alors que les pays de l'Est se sont illustrés
par un ralliement aux positions américaines dans le cadre de
la question irakienne, ne pensez-vous pas que cette prise de position
va à l'encontre de la recherche d'une véritable identité
européenne ?
- Je suis persuadé que l'identité
européenne est faite de différences et il faut que l'UE
les respecte. L'UE doit respecter que ses membres actuels (l'Italie,
l'Espagne, l'UK) n'ont pas partagé le point de vue de la France
et de l'Allemagne. A aucun moment il n'y a eu de politique commune.
Il est donc impossible de reprocher aux pays de l'élargissement
de ne pas avoir été du côté de l'Europe
car il n'y avait pas de positions communes. Il serait paradoxal qu'on
demande aux pays de l'Est de faire le choix entre l'alliance germano-franco-russe
et la coalition americano-britannique. C'est contre notre histoire
et c'est contre notre espérance. Nous pensons que l'unité
de l'UE est faite autour du respect de valeurs communes européennes.
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22
Davimac3 : Aujourd'hui, pouvez-vous nous dire combien de militaires
polonais sont engagés sur le terrain en Irak ? Merci..
- A ma connaissance, il y a quelques
150 militaires polonais qui participent à l'opération
irakienne. Le gouvernement polonais a annoncé que la participation
dans l'opération ne dépassera pas 200 soldats.
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23
jef : L'élargissement est-il à votre avis un facteur
de paix et de stabilité pour l'Europe et pour le monde ?
- J'en suis convaincu ! Dans l'histoire
européenne, le partage du continent entre l'Est et l'Ouest
était une source de tension et de conflit dramatiques. La construction
de l'UE réalise le rêve européen des pères
fondateurs.
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24
Lille : Vous avez déclaré qu'Israël dans l'Union
européenne renforcerait la cause de la paix ? Etes-vous toujours
du même avis ? Quelques précisions ?
- J'ai avancé la thèse
que l'Europe devrait jouer un rôle dans la solution du conflit
au Proche-Orient. J'ai proposé que l'on offre aux deux Etats
: Israël et l'Etat palestinien, la chance d'adhérer à
l'UE. Cette offre doit être faite aux deux états, c'est
très important.
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25
wanf : Etes-vous favorable à l'entrée de la Turquie
dans l'UE ?
Solidaire : Que pensez-vous de la demande d'adhésion de la
Turquie à l'UE ? Merci.
sgj : Que pensez-vous du cas de la Turquie ?
- Je crois qu'il faut appliquer les critères
de Copenhague à tout pays européen qui demande l'entrée
dans l'UE. Aujourd'hui, la Turquie ne remplit pas tous les critères.
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SANDRINE : Les Polonais sont-ils majoritairement favorables à
l'entrée dans l'Union européenne ? Si oui, quelles
sont leurs attentes ?
fanfan : Que pensent les Polonais de leur future intégration
à l'Union européenne ?
- Nous le saurons après le référendum
qui probablement aura lieu au début de juin de cette année.
la Constitution polonaise exige que plus de la moitié des citoyens
participent à ce référendum pour qu'il soit valable.
Il y a aussi un courant anti-européen qui s'active. J'espère
néanmoins que le résultat sera favorable à l'entrée
dans l'UE. Les Polonais, après 1989, cherchaient à avoir
des garanties de sécurité nationale et voulait retrouver
leur place dans la communauté politique, économique
et spirituelle de l'Europe. L'accession à l'OTAN en 1999, et
à l'UE comme nous l'espérons en 2004, réalise
ces aspirations.
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Laziz : Pensez-vous qu'une Union élargie à 25 pourrait
permettre de voir émerger une véritable "Europe
Puissance" ?
- J'en suis persuadé. Je ne crois
qu'il faille faire des divisions internes dans l'UE entre le noyau
dur et le reste, je crois que la politique des coopérations
renforcées donnent la possibilité d'intensification
de l'intégration sans exclusion.
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Merci beaucoup Bronislaw Geremk. Le mot de la fin ?
- Je voudrais remercier les internautes
pour cet entretien. C'est très important que l'on puisse discuter
franchement, ouvertement, sur les problèmes de l'actualité.
L'Europe dont je rêve doit être unie, forte et ouverte.
Je crois que le débat sur l'avenir de l'UE permet de faire
de nous des citoyens européens. C'est peut-être le cas
aujourd'hui.
Merci.
De plus, j'attribue une grande importance aux relations France-Pologne,
en particulier avec la région Nord-Pas de Calais, présente
aux côtés des Polonais dans les moments difficiles. Peut
être un exemple de la coopération entre nos deux pays
!
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