actualites videos
Dans les coulisses de la rentrée des classes au lycée ! (01/09/2010)
Tags :  formation,   2010,   lycées
Voir tous les reportages Voir les séances plénières
actualites photos
Opération TER MER 2010 (21/08/2010)
Tags :  ter,   ter mer,   transports,   2010
Voir toutes les photos
Taille du texte  |  
rétrospectives

"Goya, un certain regard"

retour

menu :

Lorsque l'on se réfère à l'histoire de la peinture moderne, on note que peu d'artistes occupent une place aussi insaisissable que celle de Francisco Goya. Chaque génération s'est appliquée à redéfinir son oeuvre, à réévaluer sa contribution à l'art, selon des critères propres à chaque époque. Avec la seconde Guerre mondiale, I'ombre immense de la peinture noire acquiert une toute autre dimension : Goya, hissé au rang de héros universel, va jusqu'à être détaché de son contexte espagnol.

gros plan d'une tête de chatPar la suite, et ceci est particulièrement vrai pour ces dix dernières années, beaucoup d'efforts ont été mis en oeuvre afin de comprendre et d'expliquer la spécificité de son travail, tant d'un point de vue proprement artistique que politique. "Le pinceau de Goya sert d'aiguille au formidable baromètre des variations de l'espace humain qui seront en vérité I'obsession de sa carrière d'artiste."(Jeannine Baticle). Mais toutes les recherches ont abouti à l'accumulation de révélations qui n'ont eu, finalement, pour résultat que de renforcer le mystère qui entoure les véritables raisons de son influence...

A partir d'une cinquantaine de chefs-d'oeuvre célèbres ou d'oeuvres majeures à la notoriété plus confidentielle, les expositions de Lille et Philadelphie traitent de sujets spécifiques : Inventaire de 1812, natures mortes, cartons et esquisses de tapisseries, scènes de violence, peintures religieuses et, enfin, portraits.

Le musée de Lille possède deux des plus remarquables scènes de genre jamais peintes par Goya : "Les Vieilles" (ou "Le Temps") et "Les Jeunes" (ou "La Lettre"). La première apparaît dans un inventaire effectué en octobre 1812, quelques mois après le décès de l'épouse de l'artiste. Il s'agit d'un document passionnant dans lequel figure la liste des oeuvres qu'il conservait, c'est-à-dire celles qu'il désirait garder auprès de lui tandis qu'il travaillait à des projets davantage destinés à être montrés au public. Reconstituer cet ensemble est hélas impossible ; en effet de nombreux tableaux ne sont pas localisés, d'autres ne peuvent être prêtés, certains, enfin, ont déjà trop voyagé au cours des années précédentes.

Découvrez ces deux chefs-d'oeuvre
Les Jeunes
"Les Jeunes"
Les Vieilles
"Les Vieilles"

Il s'avère toutefois possible de présenter à Lille une dizaine de tableaux significatifs mentionnés dans cet inventaire, dont cinq (Alte Pinakothek, Munich ; Musée du Prado, Madrid ; Musée du Louvre, Paris ; Meadows Museum, Dallas) des douze natures mortes, ainsi que "La Porteuse d'eau" et son pendant, "Le""Rémouleur", conservés à Budapest, le "Temps" ou "Les Vieilles" de Lille, et, issus de deux collections particulières espagnoles, les remarquables "El Lazarillo" de "Tormés" et "Maja". Sont également présentées de séduisantes scènes de genre, qui rappellent que Goya s'est aussi consacré à la réalisation de modèles de tapisserie, au début de sa carrière. Les cartons ou leurs esquisses appartiennent à des séries réalistes pour le Palais du Pardo. On pourra par exemple admirer côte à côte l'esquisse et le carton (Sterling & Francine Clark institute, Williamstown et Musée du Prado) de "L'Automne", ainsi que les esquisses de "L'Hiver" et de "L'Eté".

Une esquisse rayonne entre toutes, "La Pradera de San Isidro" (mai-juin 1788) réalisée pour la chambre à coucher des infantes, véritable apothéose de Madrid, de son peuple, de sa lumière. Egalement confiés par le Musée du Prado, il faut bien entendu citer "El Quitasol" et "Les Lavandières" qui seront présentés aux côtés de "El Pelele" (Armand""Hammer Museum, UCLA). D'autres oeuvres, relatent des faits tragiques, incendie, naufrage, maison de fous, autant de thèmes qui apparaissent pour la première fois dans l'oeuvre de Goya. "L'intérieur de prison" est un des tableaux de la célèbre série sur fer-blanc, peint après la terrible maladie dont il faillit mourir fin 1792, et qui le laissa à jamais sourd. Ensuite viennent les deux panneaux, rarement prêtés, du musée de Besancon : "Cannibales préparant leurs victimes" et "Cannibales contemplant des restes humains", petits chefs-d'oeuvre qui semblent annoncer, s'ils ne les symbolisent pas déjà, les horreurs de la guerre contre Napoléon qui éclate en 1808.

gros plan d'un visageUne autre section propose un ensemble de peintures religieuses qui permet de mieux saisir la place qu'elles occupent dans la carrière de l'artiste. L'importance des sujets religieux, souvent rattachés à la peinture dite de genre, a en effet été jusqu'ici sous-estimée. L'exposition présente des esquisses de jeunesse (vers 1775-1780) dont une, sur le thème de "L'Apparition de la Vierge du Pilar", qui doit peut-être plus qu'on ne l'a dit à Corrado Giaquinto (vers 1699 - vers 1765), la belle esquisse pour "L'Annonciation d'Espejo" de 1785 et surtout deux tableaux d'autel, "La mort de saintJoseph" et "Saint Bernard et saint Robert", peints par Goya en 1787 pour l'église du couvent de San Joaquin y Santa Ana de Valladolid. La comparaison de l'esquisse de "La mort de Joseph" avec le tableau d'autel permettra de voir que Goya s'est efforcé de se conformer à ce qu'il appelle le style "architectonique", ou néoclassique, alors à la mode.

gros plan d'un visageL'esquisse de "Saint Herménégilde en prison", légèrement plus tardive et préparatoire à l'un des trois tableaux d'autel de l'église de San Fernando de Monte Torrero (Saragosse), renvoie aux commentaires que Jovellanos, I'admirateur inconditionnel de Goya, en fit avant qu'elles ne disparaissent pendant la guerre d'Espagne : "force du clair-obscur, beauté inimitable du coloris et une certaine "magie" des lumières et des teintes qu'aucun autre pinceau ne semble pouvoir atteindre". Enfin, puisque le concept global de cette exposition vise à évoquer le Goya public comme le Goya privé, la présentation d'une série de portraits s'imposait. Car c'est dans ce genre plus que dans n'importe quel autre que se côtoient la personnalité ouvertement ironique de I'artiste et la dimension profondément intime de son oeuvre. Un nombre important de portraits échelonnés dans la carrière de Goya, de "L'autoportrait" (vers 1771) de la collection Iber Caja à celui de "Tiburcio Pérezy Cuervo", daté de 1820, du Metropolitan Museum of Art, permet d'admirer la maîtrise absolue de l'artiste. Ces portraits, qui doivent beaucoup à la spontanéité, car ils sont sans préparation ni étude, ont toujours quelque chose d'envoûtant ainsi qu'en témoignent "El Pescadoret" (coll. Thyssen - Bornemisza, Madrid), "La""marquise de Santiago" ( J. Paul Getty Museum), "Maouel Osorio de Zuñiga" (Metropolitan Museum of Art), "Jeune femme avec une mantille" (National Gallery of Art de Washington DC), "La""duchesse d'Abrantés" (Musée du Prado) ou le portrait d'Antonia Zarate (National Gallery of Ireland).

gros plan d'un visageLa présentation d'une cinquantaine de toiles de Goya s'accompagne de celle de quatre-vingt gravures des "Caprices", comme pour rappeler qu'il aura obéi toute sa vie au seul caprice de son imagination et de sa fantaisie. Comme il l'a écrit en 1794, il a voulu "faire des observations qui n'ont pas généralement leur place dans les oeuvres de commande ou le caprice et l'invention ne peuvent se donner libre cours". Cet ensemble d'oeuvres vient pour quelques mois à Lille faire chorus avec "Les Jeunes" et "Les Vieilles" en racontant tout le génie de Goya : variété du style, maîtrise des genres, puissance d'imagination et capacité d'innovation.

retour